- Site de Geneviève DINDART

Aller au contenu

Menu principal

Peintures > Peintures III


" C'est fou ce que je peux t'aimer,
ce que je peux t'aimer d'amour..."
                                                                Edith PIAF.





La mère éternelle de l'écrivain Colette, Sido, possédait le don de l'observation. Dans ses captures visuelles, toujours très sereines, elle déclarait:
" Vois! Arrête-toi! Regarde! Cet instant est si beau !
Y-at-il d'ailleurs, dans toute ta vie qui se précipite, un soleil aussi blond, un lilas aussi bleu à force d'être mauve, un livre aussi passionnant, un fruit aussi ruisselant de parfums sucrés, un lit aussi frais de draps rudes et blancs ?
Reverras-tu plus belle la forme des collines ? "...

Cette impérissable saveur du souvenir nous renvoie à un autre siècle où : "maisons et jardins, magie des lumières rimaient avec magie des odeurs, harmonie d'arbres et d'oiseaux, murmures de voix humaines qu'a déjà suspendu la mort.."
Tout un temps maternel des commencements...
Colette s'épanouit "dans ce temps paradoxal qui ne cesse d'amorcer des éclosions", comme sa mère Sido qui s'émeut et patiente devant une fleur encore en bouton, saveurs et sens, symboles et goût...

Les 4 éléments peuvent alors être nommés, l'un après l'autre comme dans un murmure intime et secret: "La terre, Le feu, L'eau et L'air", interconnectés comme dans un autre temps
que le temps du désir de la guerre et de la mort.
"La durée de l'éclosion, l'autre césure, celle du commencement, de l'éternel recommencement : un instant célébré, forcément extatique, forcément cyclique, condensé en instants heureux,
aigres-doux, amers, vivants."

Les peintures que je présente aujourd'hui sont
nées d'un processus très lent.

J'ai tout d'abord peint une première toile qui, dans sa complexité, m'éloignait vraiment du thème "Les 4 éléments", exposition en projet, à laquelle je souhaitais participer avec une série de douze toiles environ. Cette première toile, qui a l'origine est une commande, est importante pour moi puisqu'elle
annonce la couleur d'une manière radicalement opposée à l'atmosphère, et le génie, de l'écrivain si charnel Colette. Cette toile s'intitule "Feu!" (140cm/100cm), elle parle de la guerre, de la pulsion de mort, des collines informes, de la terre noire et emiettée, de la brume sale, des brouillards intenses qui se figent, de l'avenir qui se plombe.
La Syrie, l'Afghanistan...bien d'autres pays rimant avec nausée, haine, peur. Je souhaitais m'appuyer sur ces 4 éléments que l'humanité entière ne cesse de plier, de froisser, de souiller. Je ne pouvais partir que de ce point. Je ne pouvais qu'essayer de déployer une combinaison de formes qui irait,
peut-être, à contre-pied ou à contre-courant de
ce thème toujours inaccessible.

Une image s'est très vite imposée, comme pour conclure un temps très lent à peindre des corps qui flottent, corps morts, jusqu'à devenir moi-même
" la terre qui colle, les ombres éfflanquées, le pitoyable attelage, la rivière boueuse aux reflets de sang." Deux corps très vivants ("Soyons les plus, soyons les plus beaux"-98cm/78cm-2001.) sont apparus en surimpression, deux corps libres, aux bras vifs, aux visages dégagés, guettant le mouvement de l'air, cherchant le son, les hanches rivées à la terre dans un axe très droit, prêts à vivre, à danser, à goûter. Entre l'eau et l'air, la terre et le feu.
Ces personnages ont pris leur place et j'ai alors accepté l'invitation d'une combinaison où plusieurs toiles ont enfin vu le jour. Celles-ci restent en lien étroit avec des tout petits formats, formats qui ne peuvent s'en détacher, comme par un lien affectif tout autre, où la nature est peinte, dessinée, observée ("Terre floue et nette en nuances nacrées"31cm/28cm x 4-2006.)

"La plage est lisse comme en hiver."

L'impact est immense.
Nous sommes le 11 mars 2011.
Internet déborde, les images aussi.
"Ainsi votre corps va être emporté loin de moi, loin des frontières de mon corps, il va être introuvable et je vais en mourir." "Il ne sera plus rien." Ou encore: "Tout d'abord je ne l'avais pas prévu du tout comme pouvant avoir lieu." Les deux personnages des deux dernières toiles se parlent ("4 éléments pour Fukushima" 130cm/100-2012, partie 1et 2.) ouvrant les bras vers l'absurde: tsunami, explosion nucléaire, vague indomptable, fumée noire, 4 réacteurs qui, comme 4 abcès fermés, rougissent et vont faire très mal... "Je pars pour aimer toujours, dans cette douleur de ne jamais te tenir, de ne jamais pouvoir faire que cet amour nous laisse pour morts." Cette série de toiles, dont deux sont ici, s'est imposée, dans une direction enfin trouvable, comme pour se tenir chacune à côté des autres, au sein des 4 éléments inatteignables. Terre irradiée, feu irradiant, eau contaminée, air ultra toxique.
La "toxicité du périmètre" nouveau barème de calcul des territoires interdits, me, nous renvoie encore et toujours à cet inatteignable.
La terre japonaise n'est plus visitable.
Ce morceau de terre est mis en quarantaine, plus encore que lors d'une épidémie de peste.
Le Japon se fige, sous des millions de regards...
Mes personnages s'habillent alors de combinaisons plastiques, protectrices. La terre et l'air ne sont plus ni boue, ni peau étrange, brouillée comme un lait qui tourne, le brouillard s'est enfin levé. Rien ne dit que la toxicité n'est pas partout, l'invisibilité en est sa signature.

Un an nous sépare à présent de cet effroyable évènement et j'ai souhaité présenter cette série en
y insérant toutefois une note de légèreté ("Ô"-98cm/78cm-2010). Quatre toiles me regardent dans l'atelier, elles me font même des signes,
4 toiles font un, deux, trois, quatre éléments.
C'est d'accord! Ces dernières ("4 éléments, combinaison", 55cm/46cmx4-2010) feront clôture. Ces dernières parlent d'une Métamorphose, formes répétées, femme-cruche, femme-mannequin, femme-patron, comme, tel un couturier, un vêtement peut se construire, lès de tissu après
lès de tissu...
Il y a évidemment quelques trous.

C'est fini l'infini?

G.Dindart


Texte associé à l'Exposition "Les 4 éléments" CHRU de Montpellier-Hôpital La Colombière. Espace Culturel. 2011.





Indications Bibliographiques, pour ce texte :

1- Colette, La Retraite sentimentale, Pl, I, pp.886-888.
2- Colette, La Maison de Claudine, Pl,II, p.268.
3- Marguerite Duras(1983). Agatha, Editions de Minuit; P.9.
4- Ibid.,13-16-19-20
5- "Soyons les plus, Soyons les plus beaux", chanson de François & les AtlasMountains.


Retourner au contenu | Retourner au menu